Le Naufrage des civilisations

Amin Maalouf

Il faut prêter attention aux analyses d'Amin Maalouf : ses intuitions se révèlent des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands sujets avant qu'ils n'affleurent à la conscience universelle. Il s'inquiétait il y a vingt ans de la montée des « identités meurtrières » ; il y a dix ans, du « dérèglement du monde ». Il est aujourd'hui convaincu que nous arrivons au seuil d'un naufrage global, qui affecte toutes les aires de civilisation. L'Amérique, bien qu'elle demeure l'unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L'Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l'humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l'ensemble de la planète. De grandes nations « émergentes » ou « renaissantes », telles la Chine, l'Inde ou la Russie, font irruption sur la scène mondiale dans une atmosphère délétère où règne le chacun-pour-soi et la loi du plus fort. Faisant œuvre à la fois de spectateur engagé et de penseur, Amin Maalouf nous explique par quelles dérives successives l'humanité est passée pour se retrouver ainsi au seuil du naufrage. Lire la suite

336 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 140x205

Amin Maalouf#xA;Académicien depuis 2011, Amin Maalouf a publié de nombreux romans, notamment Le Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993), mais également des ouvrages historiques (Un fauteuil sur la Seine, Les Croisades vues par les Arabes) ainsi que des essais (Les Identités meurtrières ou Le Dérèglement du monde).

A propos de l'auteur

Amin Maalouf Académicien depuis 2011, Amin Maalouf a publié de nombreux romans, notamment Le Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993), mais également des ouvrages historiques (Un fauteuil sur la Seine, Les Croisades vues par les Arabes) ainsi que des essais (Les Identités meurtrières ou Le Dérèglement du monde).

Extrait

La plupart des événements dont je m'apprête à parler, je me souviens d'en avoir eu connaissance au moment où ils se sont produits ; quelquefois même, je me suis rendu sur place, à Saigon, Téhéran, New Delhi, Aden, Prague, New York ou Addis‐Abeba, pour y assister en personne. Mais on voit les choses autrement avec le recul, lorsqu'on connaît déjà les conséquences. Ce qui m'est apparu clairement en revisitant l'actualité d'hier, c'est qu'il y a eu, aux alentours de l'année 1979, des événements déterminants, dont je n'ai pas saisi l'importance sur le moment. Ils ont provoqué, partout dans le monde, comme un « retournement » durable des idées et des attitudes. Leur proximité dans le temps n'était sûrement pas le résultat d'une action concertée ; mais elle n'était pas non plus le fruit du hasard. Je parlerais plutôt d'une « conjonction ». C'est comme si une nouvelle « sai‐ son » était arrivée à maturité, et qu'elle faisait éclore ses fleurs en mille endroits à la fois. Ou comme si « l'esprit du temps » était en train de nous signifier la fin d'un cycle, et le commencement d'un autre. Cette notion, que la philosophie allemande a forgée sous le nom de Zeitgeist, est moins fantomatique qu'il n'y paraît ; elle est même capitale pour comprendre la marche de l'Histoire. Tous ceux qui vivent à une même époque s'influencent les uns les autres, de diverses manières, et sans en avoir habituellement conscience. On se copie, on s'imite, on se singe, même, on se conforme aux attitudes qui prévalent, parfois sur le mode de la contestation. Et dans tous les domaines – en peinture, en littérature, en philosophie, en politique, en médecine, comme dans le vêtement, l'allure, ou la chevelure. Les moyens par lesquels ledit « esprit » se diffuse et s'impose sont difficiles à cerner ; mais il est indéniable qu'il opère, à toutes les époques, avec une efficacité implacable. Et en cet âge de communications massives et instantanées, les influences se propagent beaucoup plus vite que par le p

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